Jeune physicienne fraîchement diplômée, Elisa est engagée pour participer à un projet de recherche ultra-secret sur une île de l’Océan Indien. Dix ans plus tard, sa vie paisible de professeure à Madrid bascule quand un coup de fil lui confirme ce qu’elle redoute par-dessus tout: la chose qu’ils ont réveillée est toujours là. Elle les cherche. Elle les tue.

Tout d’abord, on se rassure: malgré le titre, aucun besoin d’avoir des connaissances poussées en physique quantique ou d’avoir regardé les 12 saisons de The Big Bang Theory pour comprendre (et apprécier) La Théorie des cordes. Les passages un peu techniques sont assez rares pour ne pas risquer l’indigestion et très bien expliqués. On est dans un thriller SF tendance horrifique tout à fait accessible, et qui en plus fait très bien son job.

Pour le côté SF, on a les recherches d’Elisa et de ses collègues: sans entrer dans les détails, il est question de rien moins que de… voyager dans le temps. Mais pas comme vous pensez, on n’est pas dans Retour vers le futur. Imaginez plutôt une caméra susceptible de filmer le passé, proche ou lointain. Oui, il semblerait que ça soit théoriquement possible, l’auteur s’étant assuré de la vraisemblance scientifique de ses propositions en les faisant valider par d’éminents chercheurs. Sauf qu’évidemment, il y a quelques écueils… qui amènent le côté horrifique.

Livre, montre, fleurs, coquillages et écharpe

A savoir, les meurtres atroces des membres de l’équipe commis par une entité dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’elle a été… créée? Eveillée? Provoquée? Par les expériences d’Elisa et confrères. Et aussi des cauchemars malsains, des hallucinations, des comportements incompréhensibles… Bref, tout ce qu’il faut pour générer une atmosphère angoissante et un peu sulfureuse.

Pour ceux qui restent, une seule chance de survie: comprendre ce qui s’est réellement passé sur l’île dix ans plus tôt et identifier la véritable nature de l’ennemi pour, peut-être, réussir à l’anéantir. On les accompagne jusqu’à la révélation finale au fil d’allers et retours entre passé et présent, en récoltant des indices savamment distillés pour faire monter la tension (et semer des fausses pistes). C’est très, très efficace, j’ai vraiment été accrochée par le suspense au point de dévorer les derniers chapitres. Et je ne suis pas peu fière de dire que j’avais soupçonné la vérité, héhé.

Le seul point faible que je verrais à ce roman est peut-être son personnage principal, Elisa, ou plutôt le traitement qui en est fait. Le narrateur souligne beaucoup à quel point elle est belle et sexy, et à quel point c’est surprenant pour une physicienne de ce niveau. Merci les clichés. Et naturellement tous les hommes bavent devant elle (ce qui est normal, vu qu’elle est incroyablement belle et sexy et qu’ils n’ont pas l’habitude de côtoyer ce genre de femmes dans les départements de physique, vous suivez). Franchement, en plus d’être stéréotypé, c’est un peu lourd.

Mais ceci mis à part, j’ai vraiment beaucoup aimé La Théorie des cordes. Il est captivant, rythmé, bien écrit – d’une plume efficace mais capable de fulgurances stylistiques -, il aligne les rebondissements sans tomber dans l’excès, et offre des perspectives assez vertigineuses qui débouchent au fond sur les questions fondamentales qui sous-tendent les genres du thriller scientifique et de l’horreur: jusqu’où peut-on aller pour la connaissance? Quelles peuvent en être les conséquences? Et quelle est la nature du Mal?

La Théorie des cordes, Juan Carlos Somoza. Traduit de l’espagnol par Marianne Millon. Actes Sud, collection Babel, 2007, 597 p.

A lire si: vous cherchez un thriller intelligent que vous n’aurez plus envie de lâcher.
A fuir si: les scènes un peu gore ou un soupçon d’érotisme vous mettent mal à l’aise. Ou si vous n’avez pas envie de vous creuser la tête.

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