Daisy Jones and the Six. C’était le groupe le plus magnétique de leur époque. Ils ont traversé la scène rock des années 70 comme une comète avant d’exploser en plein vol, laissant des millions de fans éplorés.

Enfin, un livre raconte les dessous de leur histoire, de leur montée au firmament à leur séparation au milieu d’une tournée triomphale.

J’oublie un détail? Daisy Jones and the Six (le groupe) n’a jamais existé. Et pourtant, l’illusion est parfaite. On ressort de ce roman avec l’envie frustrante d’écouter leur album, dont l’autrice nous offre le livret en fin d’ouvrage. Une petite touche supplémentaire qui renforce la crédibilité de ce vrai faux documentaire.

Car Daisy Jones and the Six (le livre) ne se présente pas comme un roman, mais comme une monographie consacrée à l’histoire du groupe. A ce titre, il se compose entièrement d’interviews des musiciens et de leur entourage, managers et autres ingénieurs du son, ainsi que d’extraits d’articles qui leur ont été consacrés dans des magazines tels que Rolling Stone. J’étais d’abord sceptique: tenir comme ça sur quelques pages, quelques chapitres, peut-être, mais tout un livre? Est-ce que ça n’allait pas devenir ennuyeux, ou rester superficiel parce que trop fragmenté?

Spoiler: non, loin de là. Au contraire, en permettant la confrontation directe des points de vue, cette forme de narration met en lumière les incompréhensions et malentendus qui ont influencé le destin du groupe: perceptions opposées des événements, attentes incompatibles les unes avec les autres et non explicitées… Billy, Daisy, Karen et les autres sont autant de miroirs qui renvoient tous d’une même réalité un reflet légèrement déformé, dessinant les contours tremblants d’une vérité dont le lecteur devra lui-même préciser les traits.

livre, vernis à ongles, chapeau, collier et foulard

L’autrice cisèle ses citations pour explorer par petites touches la personnalité des membres et la dynamique qui les (dés)unit.  Avec une précision admirable, en quelques lignes ou quelques mots, elle met le doigt sur la minute qui rapproche ou le gouffre qui divise. Elle brosse ainsi un portrait subtil, nuancé et profondément attachant de ses personnages.

Grâce à ce choix narratif audacieux, Daisy Jones and the Six dépasse donc ce qui aurait pu rester un assemblage de clichés: la drogue, l’alcool, les chambres d’hôtel ravagées, le chanteur brisé par le succès, la pauvre petite fille riche incroyablement belle et talentueuse mais malheureuse comme les pierres (oui, j’ai eu vraiment du mal à accrocher au personnage de Daisy au début). D’autant plus que des éléments plus inattendus mais très appréciables font contrepoint, comme la solidarité entre les membres féminins du groupe (au contraire des mecs jaloux comme des poux) ou la relation entre le chanteur et sa femme, qui montre à quel point l’amour peut être multiforme et complexe.

Et puis, il y a l’ambiance. Les boîtes de nuit enfumées, une vie bohème faite de musique, de drogue et d’eau fraîche, la fièvre de la scène, l’éternel dilemme entre la chanson qui va se vendre et celle qui crache ce qu’on a dans les tripes, le cliquetis des bracelets et la vibration des applaudissements, les nuits passées à composer, le micro qui peut devenir votre meilleur ami ou votre pire ennemi. Et cette magie qui survient, en dépit de tout le reste, quand vous trouvez la voix qui répond parfaitement à la vôtre.

Le résultat, c’est un roman comme la set-list parfaite: celle qui vibre, qui vous prend par les sentiments et ne vous lâche plus, vous fait passer par toutes les émotions et vous laisse essoré dans l’attente d’un bis.

Daisy Jones and the Six est l’un des très rares livres de ces derniers mois pour lesquels j’ai renoncé à de précieuses heures de sommeil. Ai-je besoin d’en dire plus?

Daisy Jones and the Six, Taylor Jenkins Reid. Arrow Books, 2020, 398 p. Je l’ai lu en anglais mais il est traduit en français sous le même titre (Editions Charleston pour la version brochée, 10/18 en poche).

A lire si: vous aimez le rock, les années 70, et avez envie de vous laisser emporter dans une lecture-émotion.
A fuir sivous êtes d’humeur plutôt cérébrale en ce moment et/ou n’aimez pas les récits trop fragmentés aux multiples points de vue.

 SI CE LIVRE VOUS INTÉRESSE…

… cela vous intéressera peut-être encore plus de savoir qu’une série est en préparation! Produite par Reese Whiterspoon, elle devrait sortir sur Amazon. Je ne suis pas à 100% convaincue par ce que j’ai pu voir du casting, mais je ne vais quand même pas rater cette occasion d’entendre les chansons en vrai!

 

 

2 thoughts on “Daisy Jones and the Six, de Taylor Jenkins Reid: la vraie histoire d’un groupe fictif”

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