Un glissement de terrain au Japon engloutit un village et révèle une étrange sépulture. A l’intérieur, un squelette qui remet en question tout ce que la science croit avoir établi de l’histoire humaine et de l’évolution. Une paléogénéticienne et son fils autiste sont entraînés au coeur d’un mystère susceptible d’éclairer d’un jour nouveau notre civilisation… et son extinction potentielle.

Denis Drummond bâtit sur ces prémices digne d’un thriller scientifique un roman à la fois complexe et accessible, sur le fond comme sur la forme. Le Dit du Vivant se découpe en six parties, elles-mêmes divisées en cinq: sa structure réplique ainsi celle d’une séquence d’ADN (d’après le site de l’éditeur, mes connaissances en biologie ne me permettant pas d’en juger). Les genres et les temporalités s’y mêlent: des articles de presse y côtoient le journal de l’héroïne, le récit de son fils des années après les faits, et celui de l’homme qui gît dans sa nécropole de verre.

Livre, kimono et fleurs

A cette multiplicité des points de vue s’ajoute celle des disciplines. La quête de Sandra pour dévoiler et interpréter les secrets du tombeau passe par l’archéologie et la génétique, mais aussi par les estampes, le théâtre Nô ou la poésie. Un foisonnement nécessaire pour appréhender les bouleversements imposés par la découverte et pour traduire le récit transmis par des vestiges d’un autre âge en une histoire susceptible de toucher l’humanité contemporaine. Car le « Dit du Vivant » porte en lui de multiples significations: récit d’un ancêtre inconnu, mais aussi de manière beaucoup plus large histoire de la Vie dans sa globalité, ce livre immense dont les mêmes séquences d’ADN combinées à l’infini écrivent chaque mot. Un livre qui englobe aussi bien les sciences dures que les arts, et dont scientifiques et écrivains devraient s’unir pour se faire les interprètes. Denis Drummond en donne l’exemple, avec ce texte qui unit maîtrise des savoirs, richesse stylistique et capacité de vulgarisation.

J’ai évidemment été sensible à cette allégorie, ainsi qu’à la préoccupation écologique et humaniste qu’elle convoque. Je regrette pourtant ce qui m’a semblé un traitement un peu superficiel de certains thèmes. Denis Drummond brasse large mais approfondit peu. En bouleversant la majeure partie de nos acquis, la découverte génère en effet une cascade de bouleversements majeurs, y compris sur les plans religieux et géopolitiques, que j’aurais aimé voir plus développés. Le roman se concentre davantage sur les retombées intimes de l’événement, en s’attachant à Sandra qui fait le deuil de son époux décédé et à son fils, Tom, dont l’autisme se fait moins handicapant à mesure qu’il s’implique dans ses recherches et trouve le moyen de communiquer. Malheureusement, je n’ai pas réussi à m’attacher à ces personnages et me suis donc sentie assez peu touchée par leurs progrès.

Le Dit du Vivant est donc un roman original, très contemporain dans sa forme comme dans les sujets traités. Il pose des questions intéressantes sur la place de l’espèce humaine au sein du Vivant, sur le rôle des sciences et des arts dans la compréhension que l’on peut en avoir, et suggère des réponses qui donnent à penser. J’y ai trouvé un plaisir intellectuel mais aussi esthétique, grâce à l’écriture très poétique de Denis Drummond. L’émotion n’était par contre pas au rendez-vous, peut-être justement à cause de cette recherche stylistique parfois trop présente qui a au final dressé un écran entre ma perception de lectrice et les personnages, là où j’aurais préféré entendre leur voix plutôt que de lire celle du poète.

Le Dit du Vivant, Denis Drummond. Le Cherche-Midi, 2021, 292 pages.

A lire si: vous recherchez un roman à la fois cérébral et poétique qui aborde l’évolution de l’humanité et sa place au sein du monde.
A fuir si: vous appréciez surtout les styles simples et directs.

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