Des Miroirs et des alouettes et sa suite, L’Oncle de Vanessa, de Le Minot Tiers – un pseudonyme – sont de ces romans qui ne se résument pas. Pour vous donner une idée: il y a des maisons non inscrites au cadastre, des volcans, un chat qui traverse le temps et transmet des messages aux morts, un chien, des manuscrits inachevés, des écrivains, un logiciel qui prédit les livres, la fin du monde ou presque, un oncle, la recette du roman parfait, une fiancée qui a du caractère, des impostures littéraires, une bibliothèque, j’en passe et des meilleures.

Subversion des codes romanesques…

Si tout commence comme une intrigue policière classique, on comprend assez vite que l’enquête importe peu. Elle sert par contre de point de départ pour nous entraîner dans un véritable labyrinthe de miroirs où tout se reflète trois fois et où les images se fondent les unes dans les autres. Le texte se joue de nos attentes en rejetant les codes de la narration classiques au profit de la mise en abyme (l’enchâssement d’une histoire dans autre, avec autant de niveaux qu’on le souhaite) et de la métalepse (le fait de sortir des frontières de l’histoire pour entrer dans une autre, ou pour s’immiscer dans la réalité du lecteur).

Les romans traditionnels cherchent le plus souvent à immerger le lecteur dans leur histoire en l’amenant à accepter la fiction comme s’il s’agissait d’une réalité – ce qu’on appelle la suspension de l’incrédulité. C’est ce qui nous permet de nous laisser entraîner dans une histoire fantastique sans pour autant croire aux fantômes dans la vie réelle, ou de nous émouvoir des épreuves traversées par les personnages. Le Minot Tiers prend le contrepied de ce procédé. Son usage répété – et souligné – de la mise en abyme et de la métalepse expose au contraire son texte en tant que récit construit par un auteur, raconté par un narrateur, lu par un lecteur et peuplé de personnages qui pour la plupart ne sont pas nommés, comme pour nous empêcher de nous y attacher.

Des Miroirs et des alouettes et L'Oncle de Vanessa, par Le Minot Tiers

… et réflexion sur la littérature

C’est ainsi que le narrateur misanthrope et flemmard vitupère contre ses abrutis de lecteurs qui n’y comprennent rien (mettez votre susceptibilité de côté avant de vous plonger dans ces romans) ou ses personnages qui prennent un peu trop leurs aises, à l’image d’une Vanessa qui a le culot de l’envoyer faire des courses alors qu’il y est déjà allé il y a quelques pages, non mais. Le texte instaure ainsi une certaine distance réflexive chez le lecteur, et c’est naturellement le but puisque le sujet ici n’est pas vraiment le sort du narrateur et de sa compagne mais bien la littérature et l’écriture. L’auteur joue en plus de l’intertextualité – avec ses références littéraires, mais aussi entre les différents manuscrits qui font partie de l’histoire – pour nous plonger dans un univers purement textuel déstabilisant, qui nous oblige à nous questionner: à quel niveau du récit sommes-nous? Qui le raconte? À qui? Des points de vue émis par le(s) narrateur(s), certains peuvent-ils être attribués à l’auteur? Et au final: qu’est-ce qu’un texte littéraire? Qu’est-ce que la fiction?

L’auteur qui se cache derrière Le Minot Tiers est chercheur en géographie et spécialiste de Jules Verne. Son entreprise romanesque est intimement liée à ses recherches; elle articule les notions d’espace géographique et imaginaire et inspecte, voire transgresse, les limites entre réalité et fiction. Pourtant, je vous rassure, il n’est pas nécessaire de s’y connaître en géographie ou d’avoir lu Verne pour apprécier ses livres. De plus, autant la narration est complexe, autant le style est fluide et accessible, parfois même familier. Enfin, ces romans ne manquent pas d’un certain humour, bien que parfois grinçant. Des Miroirs et des alouettes comme L’Oncle de Vanessa ne plairont définitivement pas à tout le monde, mais valent le détour si vous cherchez quelque chose qui sorte du lot de la production romanesque standard!

Des Miroirs et des alouettes, Le Minot Tiers. La ligne d’erre Éditions, 2019, 197 p.
L’Oncle de Vanessa, Le Minot Tiers. La ligne d’erre Éditions, 2019, 206 p.

Ces romans sont pour le moment en vente exclusivement via le site de la maison d’édition.

À lire si: vous êtes prêt à vous laisser déstabiliser. Vous appréciez les romans expérimentaux et auto-réflexifs dans la veine de Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino.
A fuir si:
vous cherchez une histoire sympa sans prise de tête.

 SI CES LIVRES VOUS INTÉRESSENT…

Le dernier opus de la trilogie, intitulé La lune, l’étoile et le flocon, vient de sortir. Je vous en dirai plus dans un prochain billet!

Ce roman m’a été envoyé en service presse par l’auteur et La Ligne d’erre Éditions, que je remercie vivement pour cette belle découverte!

 

 

2 thoughts on “Des Miroirs et des alouettes et L’Oncle de Vanessa: des romans qui jouent avec les codes”

  1. Voila qui donne envie. Je vais de ce pas commander ces romans chez mon libraire préféré.
    Lancée moi-même dans une très modeste aventure littéraire, j’ai commencé à lire, non plus « comme une lectrice » mais « comme une auteure » (je préfère auteure à autrice, dans le premier j’entends »hauteur », dans le second « eau triste »).
    Sortir du lot de la production romanesque standard, n’est-ce pas ce que nous cherchons tous ?

    1. J’espère qu’ils te plairont!
      Je ne sais pas si vraiment c’est le but recherché par tous les auteurs… parfois, quand je vois les rayons des librairies, je dois dire que j’en doute un peu… :-/

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