Dans Dôme, Stephen King raconte comment une petite ville de province se voit subitement recouverte d’un dôme transparent qui la coupe entièrement du reste du monde. Un roman captivant que j’ai lu en début de confinement, exactement ce qu’il me fallait pendant cette période incertaine!

Un début sur les chapeaux de roue

On reproche souvent à King de mettre du temps à démarrer ses intrigues. Rien de tel ici, puisqu’on entre dans le vif du sujet dès les premières pages. L’auteur nous montre l’arrivée du Dôme telle que les habitants de la ville la découvrent: à travers ses conséquences directes. Imaginez une barrière invisible et incassable qui apparaît brutalement et s’élève du sol à plusieurs kilomètres d’altitude. Imaginez maintenant que vous roulez sur une route traversée par cette barrière… Ou que vous vous trouvez dans un petit avion qui vole bas… Je vous promets qu’il m’arrive parfois d’y penser sur l’autoroute.

Cette première partie permet aussi d’introduire la ville et les principaux protagonistes de l’histoire. Barbie, un soldat retraité qui tentait de quitter la ville après s’y être fait des ennemis; Rusty l’ambulancier bon père de famille; Julia la journaliste qui n’a pas froid aux yeux; Joe, un ado surdoué qui évoque d’autres personnages emblématiques des romans de King, comme Bill dans Ça ou plus récemment, Luke dans L’Institut. Tous sont attachants et notre coeur bat d’autant plus pour eux qu’on se rend compte assez vite que même des personnages importants ne seront pas forcément épargnés.

Paysage de sapins dans une boule de verre
Image par Mario Eppinger, Pixabay

La ville sous la loupe

Une fois le premier choc passé, la survie de la ville s’organise. L’auteur a effectué de nombreuses recherches afin de comprendre les effets potentiels d’un tel objet sur un écosystème, et brosse un tableau réaliste des dangers qu’il génère. Pénurie de ressources puisque l’approvisionnement extérieur est devenu impossible, mais aussi dérèglement climatique, voire manque d’oxygène tant le Dôme est impénétrable… Sans parler de la panique dans la population ou des enfants qui se retrouvent seuls car leurs parents étaient partis faire des courses hors du périmètre du Dôme. Autant de problèmes matériels, logistiques et humains que la ville doit régler seule.

Cet aspect prend le pas sur les questions quant à la nature du Dôme, et c’est ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce livre. On s’attend à un récit de science-fiction tournant autour Dôme, de ses origines, et de la manière de s’en débarrasser; au lieu de ça, King se mue en observateur qui braque sa loupe sur une micro-société pour examiner ses réactions lorsqu’elle se trouve coupée de son environnement dans une situation dangereuse.

Vous vous en doutez, ça ne va pas bien se passer.

Et là, on aborde un point qui se retrouve dans de nombreux romans de Stephen King: le plus effrayant dans l’histoire, ce n’est finalement pas l’événement ou objet surnaturel, mais la manière dont certains humains y répondent. Dans Dôme, le Dôme fournit les conditions nécessaires à l’horreur; mais ceux qui la concrétisent, qui la mettent en action, sont des habitants de la ville parfaitement banals. Et franchement, je crois que j’ai rarement autant détesté des antagonistes. Big Jim Rennie, le vendeur de voitures d’occasion avide de pouvoir et d’argent, bigot, hypocrite, misogyne, violent, et j’en passe, évoque le gouvernement de George W. Bush au pouvoir au moment de l’écriture du roman. Ses petits soldats, qu’ils soient footballeurs machos, pasteurs fanatiques ou politiciens corrompus, illustrent les plaies qui gangrènent l’Amérique profonde : ignorance, masculinité toxique, individualisme forcené, appât du gain, cynisme, lâcheté, dépendance aux opiacés ou au crack.

Prenez ces défauts pourtant si ordinaires, saupoudrez de populisme et d’un brin de manipulation, ajoutez une bonne dose de peur et d’incertitude, retirez aux autorités extérieures la capacité d’intervenir, et vous obtiendrez un cocktail explosif. C’est ce que démontre brillamment Stephen King, et ça fait froid dans le dos.

Stephen KingDôme. Lu en anglais: Under the Dome, Hodder & Stoughton, 2009, 801 p.

A lire si: vous êtes prêt·e à plonger dans un huis-clos au suspense terriblement efficace.
A fuir si: vous êtes claustrophobe ou n’aimez pas les pavés.

 SI CE LIVRE VOUS INTÉRESSE…

… sachez qu’il a inspiré la série Under the Dome, tournée entre 2013 et 2015. Je ne l’ai pas vue, mais selon Wikipédia, le roman a été très librement adapté. Alors si vous connaissez la série, pourquoi ne pas comparer avec l’original?

4 thoughts on “Dôme de Stephen King, une fable politique et horrifique”

  1. Ahhh ce fut ma première rencontre avec la plume de King, et j’en garde un souvenir incroyable ! Junior reste un des antagonistes qui m’a le plus fascinée jusqu’à aujourd’hui, et j’ai trouvé l’ambiance, le souci du détail et les différents portraits vraiment fabuleux.
    Par contre, les résumés des premiers épisodes de la série sur wikipedia m’ont convaincue très vite qu’il ne fallait pas que je tente… RIEN à voir !

    1. Ah voilà, je n’osais pas trop me lancer dans la série, tu me confortes dans mon idée!
      Et c’est vrai que les personnages sont vraiment excellents, même ceux qui ne font pas long feu ne sont pas génériques, c’est vraiment une des grandes forces de King je trouve. Il a l’art de trouver le détail qui va rendre un personnage authentique.

  2. Je ne lis pas Stephen King, l’horreur n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais faut avoir de drôles d’idées en tête pour imaginer un dôme sur une ville. J’imagine bien que la population ait été désorientée et fait les pires choses. Je trouve ça vraiment inhumain.

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