Commençons par le plus évident: la couverture de ce roman est magnifique. C’est d’ailleurs elle qui m’a attirée, comme si on avait mis là une enseigne au néon clignotant: attention bouquin parfait pour les congés de Noël! Qui plus est, la quatrième de couverture me promettait du mystère et du fantastique avec une intrigue tournant autour d’écrivains et de livres. A peu près tous les ingrédients dont je raffole, en fait. Autant dire que j’attendais beaucoup de cette lecture… qui m’a au final laissé une impression mitigée. Mais commençons par le début…

Il était une fois un petit village répondant au doux nom de Jäniksenselkä (Dos-de-lièvre, en finlandais). Ce village n’aurait rien eu de particulier, s’il n’avait pas vu naître Laura Lumikko, célèbre autrice de romans pour la jeunesse inspirés de la mythologie finlandaise. Depuis sa consécration, Laura Lumikko régnait pour ainsi dire sur le village, entourée d’une petite aristocratie d’écrivains qu’elle avait sélectionnés pendant leur enfance et formés à l’art d’écrire. Tout allait bien à Jäniksenselkä, jusqu’au jour où Ella, une jeune professeure de littérature, découvrit une chose étrange: un exemplaire de Crime et Châtiment dans lequel l’histoire ne finissait pas, mais alors pas du tout, comme elle aurait dû… Le mystérieux phénomène mettra Ella sur la trace de Laura Lumikko et de sa société littéraire, dont elle essaiera de percer les nombreux secrets.

Lumikko par Pasi Ilmari Jääseläïnen

LES LÉGENDES SCANDINAVES À L’HONNEUR

Le roman tient ses promesses en termes d’ambiance fantastique: de nombreux événements inexpliqués, à la limite de l’étrange et du surnaturel, se produisent en effet dans le sillage de Laura Lumikko et confrères. J’ai beaucoup apprécié l’utilisation du folklore finlandais qui apporte un élément original. Les gnomes de jardin et les nixes (des esprits des eaux susceptibles de vous attirer dans un étang pour vous y noyer) semblent faire partie de la vie quotidienne des habitants de Jäniksenselkä, sans que l’on puisse dire s’ils y croient vraiment ou s’ils acceptent simplement le fait que leur village en a fait son fonds de commerce basé sur les oeuvres de Lumikko.  Mais l’on sent surtout que derrière leur aspect enfantin et domestique, ces créatures cachent des forces plus sauvages et plus sombres. Au fur et à mesure que celles-ci se manifestent, l’atmosphère du roman se colore d’une nuance inquiétante très réussie.

UN RÉCIT QUI S’ÉPARPILLE UN PEU

J’émets plus de réticences au niveau de l’intrigue. Elle progresse en dents de scie, avec un début rapide, puis un inexplicable ralentissement où tout l’intérêt semble se transférer sur la famille d’Ella, avant de reprendre sous prétexte que j’ai trouvé un peu légèrement amené. A partir de là, tout s’enchaîne très fluidement, le suspense se développe, la curiosité du lecteur est piquée au vif… jusqu’à une fin à la fois maligne et frustrante, qui se veut ouverte mais qui malheureusement laisse un peu retomber le soufflé. Et c’est le reproche majeur que je ferais à ce roman: il propose plein de pistes prometteuses, mais n’en explore aucune jusqu’au bout.

L’un des aspects les plus intéressants, et aussi le mieux développé à mon avis, est celui qui touche à l’inspiration des écrivains: Où la puisent-ils? Quelle est la part d’imagination et la part d’expériences réelles dans les événements et les personnages qui naissent de leur plume? D’autres, comme la fameuse énigme des livres qui se réécrivent tous seuls ou le rapport d’Ella à l’écriture, auraient à mon sens mérité d’être plus fouillés. J’aime les romans de type gothique dans lesquels les réponses aux questions soulevées et la nature réelle ou non des phénomènes observés restent ambigus, comme dans L’Indésirable de Sarah Waters. Mais là, j’avais un peu l’impression d’une série de phénomènes étranges qui se produisaient sans qu’on ne puisse forcément les relier les uns aux autres et sans réelles hypothèses explicatives.

Enfin, j’avoue que je n’ai pas éprouvé particulièrement de sympathie pour le personnage d’Ella. Ses principales caractéristiques, énoncées dès le deuxième paragraphe et répétées à maintes reprises, sont ses lèvres bien dessinées et ses ovaires déficients. On a vu mieux en termes de caractérisation d’un personnage féminin. Je m’attendais à ce que l’on en apprenne plus sur Ella, qu’on la découvre en tant que femme et écrivaine. Mais j’ai eu l’impression de rester à la surface jusqu’au bout du livre, avec pour résultat que je l’ai trouvée peu intéressante à suivre.

Je me rends compte que cette critique peut paraître sévère. Pourtant, j’ai passé un bon moment avec ce roman et je n’hésiterais pas à vous le conseiller si vous appréciez ce genre d’ambiances. Simplement, au vu du genre et des thématiques abordées, j’en espérais plus.

Lumikko, Pasi Ilmari Jääskeläïnen. Traduit du finnois par Martin Carayol. Editions 10/18, 2017, 406 p.

A lire si: vous aimez les atmosphères surnaturelles, mystérieuses, un peu sombres sans être effrayantes.
A fuir si: vous attendez des réponses à vos questions.

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2 thoughts on “Lumikko: une magie qui n’opère pas totalement”

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