Décidément, le village de Gryon n’est pas un endroit de tout repos. Après le tueur en série qui y sévissait dans Le Dragon du Muveran, de nouveaux événements étranges sèment le trouble dans la bourgade. Quel est le rapport avec l’assassinat commis à Berlin par un ex-espion russe? Une fois de plus, l’inspecteur Andreas Auer aura du pain sur la planche pour ramener la paix sur les alpages…

SALE(S) HISTOIRE(S) À GRYON

Marc Voltenauer réutilise dans ce nouvel opus la narration alternée qui fonctionnait si bien dans le précédent, avec trois points de vue principaux: celui d’Andreas, celui d’un tueur à gages, et celui d’un homme mystérieux dont on comprend vite qu’il vaut mieux ne pas tomber entre ses mains. Trois intrigues donc, qui se développent assez lentement; l’auteur prend son temps, finit de nouer les fils du Dragon du Muveran, joue à fond la carte du pittoresque. Parties de chibre, patois paysan et concours de beauté bovine assurent le dépaysement, du moins pour la citadine que je suis. J’avoue avoir été un peu déconcertée quand même par la lubie agricole de l’inspecteur Auer, que je préfère voir occupé à traquer des psychopathes plutôt qu’à traire des vaches.

Couverture de Qui a tué Heidi par Marc Voltenauer

Cette parenthèse bucolique finit toutefois par se refermer lorsque les trois histoires convergent… à Gryon, qui va finir par mériter le titre de village le plus dangereux de Suisse. Dès lors, le rythme s’accélère et Marc Voltenauer ne laisse plus le moindre répit ni à ses personnages ni à ses lecteurs. Il sème avec brio cadavres, indices et fausses pistes dans une intrigue que j’ai trouvée plus aboutie que celle du roman précédent, plus riche, plus complexe. La construction, solide, entremêle folie et sociétés offshore dans une trame au suspense haletant dont seules les dernières pages révèleront tous les détails.

UN INSPECTEUR AUER MALMENÉ

J’ai retrouvé avec plaisir Andreas Auer, qui apparaît à la fois plus sombre et plus vulnérable que dans Le Dragon du MuveranAvec cette enquête qui le touche au coeur, il acquiert de l’épaisseur et perd un peu de son aura de super-inspecteur, ce qui ne le rend que plus sympathique. Sa relation avec son compagnon Mikaël et leur petite famille – le saint-bernard Minus et la nouvelle venue féline – est toujours décrite avec beaucoup de tendresse. Elle confère au personnage une belle singularité dans un univers du thriller où les héros homosexuels qui ont construit un foyer paisible ne sont pas légion. Mais pour moi, la figure marquante de ce roman est celle que Marc Voltenauer nous présente comme l’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère. Je ne m’étendrai pas pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, disons simplement que le romancier confirme qu’il possède un grand talent pour se glisser dans les esprits les plus malsains. Je reste admirative devant une telle inventivité dans la perversion!

S’il faut trouver des défauts à ce page-turner trépidant, je mentionnerais le début un peu long jusqu’à ce que l’intrigue se mette en place et un ou deux événements qui m’ont paru trop prévisibles. La féministe en moi regrette que Karine, la partenaire d’Andreas, ne parvienne pas vraiment à prendre son indépendance: quand elle mène seule l’enquête, soit elle se trompe dès que les choses se compliquent, soit elle doute de ses compétences et regrette l’absence de son collègue. À mes yeux, le véritable duo d’investigateurs est plutôt celui, officieux, que forment Andreas et Mikaël.

UN THRILLER À NE PAS MANQUER

Inutile toutefois de faire la fine bouche: Qui a tué Heidi est un excellent thriller, de ceux qu’on ne lâche plus une fois qu’on s’est laissé accrocher. Une intrigue originale et bien menée, une écriture efficace, des héros attachants, un tueur tout droit sorti d’un James Bond et un criminel déviant qui fait frémir: que demander de plus? Marc Voltenauer avait fait des étincelles avec son premier roman, il montre maintenant qu’il joue bel et bien dans la cour des grands du genre. Quant à moi, j’attends avec impatience la prochaine aventure d’Andreas, Mikaël et les autres!

Qui a tué Heidi, Marc Voltenauer. Slatkine & Cie, 2017. 444 p.

A lire si: Passer une nuit blanche ne vous effraie pas, puisque vous ne pourrez pas le poser tranquillement pour aller dormir. 
A fuir si: 
Vous souffrez de la phobie des serpents, voire des araignées.

 SI CE LIVRE VOUS INTÉRESSE, VOUS AIMEREZ PEUT-ÊTRE AUSSI…

Le Silence des agneaux, de Thomas Harris. Ce grand classique du thriller introduit non seulement l’un des psychopathes les plus célèbres de la littérature et du cinéma en la personne du Dr Hannibal Lecter, mais aussi un autre tueur en série redoutable: le surnommé Buffalo Bill, lointain cousin de l’adversaire d’Andreas dans Qui a tué Heidi.

Ce roman m’a été offert par l’auteur et les éditions Slatkine & Cie, que je remercie vivement.

Rendez-vous sur Hellocoton !

12 thoughts on “Qui a tué Heidi: une nouvelle affaire pour Andreas Auer”

  1. Excellente chronique bravo ! Très bonne analyse. Je ne me suis pas attardée spécialement sur L’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère, mais il est vrai qu’il est fascinant, très bien traité par l’auteur.
    J’ai adoré Heidi, et POURTANT j’ai la phobie des serpents … La page 407 a donc été une épreuve..!!
    Et la fin, Wouargll ! Il nous laisse avec …. Insoutenable attente !

    1. Merci:-) Ah oui j’imagine ton malaise! Moi c’est les araignées, j’ai grimacé quelques fois… Et la fin est cruelle! J’espère bien qu’il a déjà commencé à écrire la suite, au moins!;-)

      1. J’pense que je vais quand même commencer par le premier tome pour profiter à fond 😀
        Merci pour le forum, n’hésite pas à nous y rejoindre si le coeur t’en dit, on a une petite communauté de Suisses qui serait ravie de s’agrandir ! D’ailleurs, l’avis que je t’ai passé est celui de ma co-admin qui est Suisse 🙂

        1. Ah oui alors en effet je pense que tu apprécieras plus en lisant le premier tome d’abord!
          Ahah, une communauté suisse? Je vais y jeter un oeil de plus près!:-) A bientôt alors!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *