Pourquoi une sélection de romans jeunesse ou Young Adult susceptibles de plaire aussi aux adultes? Après tout, de nombreuses personnes de tout âge lisent et apprécient ce genre de romans sans se poser de questions. Loin de moi l’idée de sous-entendre que ce ne devrait pas être le cas! Mais pour ma part, j’ai commencé assez jeune à lire des romans a priori pas du tout destinés aux enfants (Stephen King bonjouuuur) et je suis plus ou moins restée sur cette lancée. Si bien qu’aujourd’hui, quand je vois les gens s’extasier sur des oeuvres clairement étiquetées enfants ou ados, j’ai beaucoup de mal à imaginer que celles-ci puissent me plaire. Comme je le disais dans l’article où je vous présente mes goûts littéraires, je redoute de ne pas m’identifier aux protagonistes et aux thèmes traités, ou de trouver le style et l’intrigue trop simples à mon goût.

Pourtant, plusieurs de ces livres m’ont séduite, par leur univers, leurs personnages attachants ou la présence de multiples niveaux de lecture qui permettent de les apprécier aussi bien intellectuellement que comme divertissement. Cet article ne s’adresse donc pas aux fans de littérature jeunesse ou Young Adult, mais plutôt aux lecteurs de romans pour adultes qui, comme moi, piocheraient sans scrupules au rayon jeunesse s’ils étaient sûrs d’y trouver des lectures répondant à leurs attentes.

Voilà donc sans plus de bavardages ma petite sélection pour ceux qui voudraient s’aventurer sur ce terrain. J’avais l’intention de parler de chaque livre brièvement mais en fait je crois que c’est plutôt long, ce qui vous prouve bien mon enthousiasme!

À LA CROISÉE DES MONDES, Philip Pullman
Couverture de A la croisée des mondes, Philip Pullman
C’est pour moi LE roman par excellence susceptible de plaire à tous les publics. D’ailleurs, si la saga (publiée en 3 tomes entre 1995 et 2000) a d’emblée été catégorisée comme littérature enfantine, son auteur a clairement exprimé le souhait de s’adresser à des lecteurs de tous âges. Et en effet, À la croisée des mondes réussit à combiner une histoire divertissante avec des héros auxquels des enfants peuvent s’identifier, et des thèmes matures et complexes audacieusement traités.

Au premier niveau de lecture, Pullman nous offre un récit d’aventures distrayant dans un univers fantasy dont l’originalité n’a rien à envier à celui d’Harry Potter. Lyra, une fillette intrépide – héroïne badass bien avant que ce ne soit à la mode – habite un Oxford aux accents victoriens qui existe en parallèle au nôtre. Partie à la recherche de son ami disparu, elle finira par traverser plusieurs mondes, rencontrant en route des ours polaires en armure, des sorcières, des anges, des spectres, et d’autres créatures encore plus étranges.

À un niveau plus profond que seuls les adultes pourront décoder pleinement, l’auteur prend position de manière radicale sur des questions métaphysiques. Né dans une famille croyante et fin connaisseur des Écritures, Pullman est pourtant connu pour ses positions critiques vis-à-vis des institutions religieuses. À travers la saga initiatique qui verra Lyra passer de l’enfance à l’adolescence, il livre une version de l’histoire d’Adam et Eve dans laquelle le péché originel apparaît comme un événement positif, voire salvateur. Il célèbre ainsi la recherche du savoir et la sexualité, en opposition aux préceptes puritains de l’adversaire principal de Lyra: le Magisterium, un avatar de l’Eglise extrêmement répressif dont tous les dogmes sont dévoilés comme autant de mensonges voués à asservir l’être humain. Une vision osée qui prend aussi appui sur les oeuvres des poètes John Milton et William Blake, via une intertextualité très présente.

Je m’arrête avant de me lancer dans une dissertation – mais j’ai assez envie de le faire une prochaine fois si ça vous intéresse! Peut-être pas une dissertation mais un article plus fouillé en tout cas! Bref, si ça vous tente mais que vous n’avez pas envie de vous lancer dans une saga, attendez un peu et vous pourrez regarder la série en cours de production par la BBC et HBO, rien que ça. Comme je suis gentille je vous mets le trailer qui a l’air très prometteur!

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, Lewis Carroll
Couverture d'Alice au Pays des Merveilles, Lewis Carroll
Si vous êtes comme moi, vous visualisez sûrement Alice en petite blonde avec un serre-tête, une robe bleue et un tablier blanc. Gagné? Merci Disney! Eh oui, ma vision d’Alice au pays des merveilles se limitait jusqu’à très récemment au dessin animé de l’Oncle Walt, avec un ajout tardif et peu marquant de Tim Burton. Alice au pays des merveilles n’était donc qu’un bon souvenir d’enfance au goût un peu nostalgique: mon premier dessin animé au cinéma!

J’ai donc été enchantée de découvrir en me plongeant dans le livre que le Pays des merveilles de Carroll avait le même pouvoir de séduction sur mon moi adulte que celui de Disney sur la petite fille que j’étais. Publié en 1865, ce roman n’a pas pris une ride. Si Carroll écrit explicitement pour la petite Alice Liddell, fille d’un de ses amis, son texte comporte plusieurs niveaux de lecture: les interventions du narrateur invitent le lecteur à rester à distance du récit et à observer avec un oeil critique les actions et paroles d’Alice aussi bien que celles des habitants du Pays des merveilles.

Alice a donné lieu à de multiples interprétations. On peut ainsi voir dans le Pays des merveilles – un univers qui restera du début à la fin violent et incompréhensible pour Alice – une métaphore du monde des adultes vu par un enfant, mais aussi des dangers et de la déception auxquels conduisent la perte de l’innocence; des chercheurs ont souligné que les métamorphoses incessantes dont sont victimes Alice et les autres habitants questionnent le concept d’identité personnelle stable; certains relèvent encore la satire de la rigide morale victorienne dans une histoire qui prend le contrepied du réalisme et du didacticisme attendus des livres pour enfants à l’époque; ou la critique d’une loi arbitraire, avec une parodie de procès aux accents kafkaïens.

Au-delà de ces nombreux sous-textes, c’est le jeu permanent sur le langage qui ravira les amoureux des mots. Carroll jongle avec les homonymes, substitue sens littéral et figuré, pour créer des scènes aussi absurdes que drôles. Ces acrobaties linguistiques, couplées aux contorsions logiques de créatures promptes au sophisme et à la divagation, sèment la confusion chez une Alice prisonnière d’un mode de raisonnement cartésien, et l’hilarité chez le lecteur qui, aidé par les remarques ironiques du narrateur, parvient à saisir le second degré du récit (je précise quand même que je l’ai lu en anglais et que je ne sais pas ce qu’il en est de cet aspect à la traduction).

Je vous encourage donc vivement à lire Alice, et je me sens quand même obligée de partager encore une information de la plus haute importance avec vous parce que je me dis que si j’ai dû attendre de lire la version originale pour comprendre, peut-être que d’autres égarés restent encore à se demander perplexes ce qu’un lièvre martien vient faire là-dedans: c’est le Lièvre du mois de mars, pas le Lièvre de la planète Mars. (Comment ça, vous aviez compris depuis le début, vous?)

SIX OF CROWS, Leigh Bardugo
Couverture de Six of Crows, Leigh Bardugo
Je ne vais pas m’étendre sur Six of Crows, ayant déjà expliqué pourquoi je l’avais beaucoup aimé dans cette chronique. Rappelons juste qu’il s’agit d’une duologie fantasy qui mêle magie et guerre des gangs. Au coeur de l’histoire, une petite bande de criminels endurcis qui acceptent une mission quasi impossible: s’infiltrer dans une forteresse réputée inviolable pour enlever un prisonnier. Au bout de l’exploit, la promesse d’un beau magot pour eux, et d’une paix préservée pour le monde…

Le rythme et le suspense de ce roman séduiront sans doute les lecteurs de tous âges. Bien qu’adolescents, les personnages sont fouillés et matures. L’autrice prend le temps de nous en présenter les multiples facettes (surtout dans le deuxième tome). Très attachants et d’une belle diversité, en termes ethniques ou d’orientation sexuelle, ils constituent clairement un point fort du roman. L’ambiance sombre et le charme vénéneux d’un univers inspiré de l’Amsterdam du 19e siècle sont aussi très réussis. Finalement, Leigh Bardugo ne craint pas l’ambiguïté morale ni les thèmes plutôt durs, comme l’esclavage sexuel. Bref, un roman qui pourrait tout à fait à mes yeux être publié dans des collections pour adultes, même si en France ce n’est pas le cas.

LA PASSE-MIROIR, Christelle Dabos
Couverture de La Passe-Miroir tome 1, Christelle Dabos
Cette saga en quatre tomes tourne autour du personnage d’Ophélie, anti-héroïne maladroite et enrhumée, mais dotée de pouvoirs fort utiles dont celui de passer d’un miroir à l’autre. Je vous ai parlé du premier épisode de ses aventures dans cette chronique. Si celui-ci se concentre sur les secrets et conflits de la cour du Pôle, l’intrigue prend de l’ampleur dans les suites et Ophélie se trouve finalement à lutter contre rien de moins que le démantèlement du monde.

L’univers créé par Christelle Dabos se développe en conséquence et s’avère extrêmement riche, le parcourir est un plaisir sans cesse renouvelé tant chacune des Arches que visite Ophélie dispose de ses propres climat, paysage, culture, us et coutumes. Quant à Ophélie, elle se révèle pleine de ressources et prend peu à peu confiance en elle. Une saga très inventive qui peut vraiment plaire à tous les publics!

L’ÎLE AU TRÉSOR, Robert Louis Stevenson
Couverture de L'Ile au trésor, Robert Louis Stevenson
Voilà un roman que l’on retrouve aussi bien dans des collections pour enfants que dans des collections de classiques destinés aux adultes, et à juste titre! L’Île au trésor, c’est l’Aventure avec un grand A. Stevenson nous embarque avec le jeune Jim Hawkins  à la recherche du trésor du fameux Capitaine Flint, enfoui sur une île déserte dont le héros a obtenu la carte au péril de sa vie. Hélas, le trésor attise toutes les convoitises, et les rivaux de Hawkins et ses compagnons ne reculeront devant rien pour mettre la main sur le butin…

Publié pour la première fois sous forme de feuilleton dans un magazine pour enfants entre 1881 et 1882, ce texte possède une narration proche de celle d’une série: du suspense, beaucoup d’action, des rebondissements à chaque chapitre. En plus, L’Île au trésor n’a rien à envier à Pirates des Caraïbes en termes de marins bourrus, pirates féroces, trahisons et litres de rhum consommés. Un récit parfait pour un moment d’évasion dans un cadre exotique. Même le langage assure le dépaysement, entre vocabulaire de la navigation et argot pirate!

Est-ce que vous connaissez d’autres titres qu’on pourrait ajouter à cette liste? Vous lisez des romans jeunesse/YA d’une manière générale?

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9 thoughts on “5 romans jeunesse/YA qui plairont aussi aux adultes”

  1. Coucou, j’ai beaucoup adoré L’île au trésor, mais je l’ai vu en film avec Bobby Driscoll et Robert Newton. J’adorais le regarder quand j’étais petite alors ça ne me dérange pas d’avoir le livre dans ma bibliothèque un jour. Celui de La passe-miroir m’intrigue aussi. Il y a des chances que je le prenne pour faire ma propre idée. 🙂

      1. C’est un film qui est sorti il y a longtemps, je l’avais en VHS. ^^ Il y a aussi le film L’île aux pirates avec Geena Davis (l’actrice de Beetlejuice) sorti en 1995. Mais bon , là ce ne sont pas des livres. Bonne journée à toi aussi. 🙂

  2. Bien que je l’ai lu en premier au début de mon adolescence, je suis bien d’accord pour « A la croisée des mondes », il y a une complexité et sûrement des choses que je n’ai pas vu à l’époque, étant trop jeune. Un adulte y découvrira sûrement d’autres choses !

    Et je plussoie pour « La passe-miroir » ! Lu en tant qu’adulte et j’ai adoré <3

    1. J’ai lu « A la croisée des mondes » dans la vingtaine, puis relu il y a 3-4 ans… Et je pense qu’il y a toujours des choses que je n’ai pas vues, en partie à cause des références que je ne maîtrise pas. Du coup ça donne envie d’y revenir je trouve!

  3. J’ai toujours lu des romans jeunesse, en revanche je me suis mis à la Young Adult une fois ma vingtaine bien entamée, probablement parce que c’est à ce moment-là que le genre a explosé – quand j’étais ado on trouvait peu de YA, en tout cas je n’en ai pas l’impression. Ado, je lisais surtout des classiques et des romans policiers. J’ai eu une brève période romance quand j’avais 14-15 ans (hello Harlequin et Barbara Cartland ^^). Puis arrivée en fac d’anglais, j’ai eu une période chick-lit – ça me détendait entre deux classiques britanniques ou américains. Ma période YA a démarré avec Twilight que j’ai lu début 2009, juste après avoir vu le film, j’avais donc 26 ans :-).

    A la croisée des mondes est ma seconde série favorite derrière Harry Potter, et je ne trouve pas que ce soit si jeunesse que ça, tant certains thèmes abordés sont complexes – comme tu le dis, c’est une œuvre avec tellement de niveaux de lecture que tout le monde peut s’y retrouver.
    Pour l’adaptation BBC (je ne savais pas pour HBO et du coup là je suis un peu inquiète ^^), j’attends de voir mais après la calamiteuse adaptation ciné du premier tome, je me méfie !

    Alice aux Pays des Merveilles étant l’un de mes bouquins préférés, je dis OUI, OUI, et OUI 😀 !

    L’île au trésor, je l’ai lu étant gamine j’avais adoré ! Six of Crows et sa suite sont dans ma PAL ; quant à La Passe-Miroir, la série figure sur ma liste de séries-à-essayer-un-jour ^^ .

    1. Ah oui moi aussi quand j’étais ado il n’y avait pas vraiment de littérature YA. Ou si les livres existaient ce n’était pas catégorisé comme ça, plutôt…

      Perso ça m’a toujours étonnée qu’on classe « A la croisée des mondes » en littérature jeunesse, si ce n’est que les héros sont des enfants… Mais c’est quand même le cas la plupart du temps et beaucoup de gens l’ont lu enfants ou ados, donc je l’ai mis dans la liste quand même! Je crois que la série se veut fidèle aux livres, contrairement au film, donc je suis plutôt impatiente de voir… Tu as peur que l’implication d’HBO donne quelque chose de trop américanisé?

      Alice ça a été une trop bonne surprise pour moi! Maintenant je dois lire « Through the looking glass ».

      En tout cas on dirait que sur cette sélection on est bien raccord, chouette!:-)

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