Dans la famille toujours plus grande des auteurs de polars romands, je demande… Le procureur. Nicolas Feuz, qui occupe cette fonction dans le canton de Neuchâtel, livre avec son huitième roman Eunoto, les noces de sang un passionnant aperçu des coulisses de la justice en Suisse romande et un thriller au rythme effréné, qui renouera sans aucun doute avec le succès d’Horrora Borealis.

Une vague de crimes s’abat sur la Suisse romande. Un mystérieux vol aux Hôpitaux Universitaires Genevois. Le meurtre d’un policier. Des cadavres décapités qui apparaissent dans les sites emblématiques de la région. Le lien entre tous ces événements? Et si c’était le Monstre de Saint-Ursanne, ce tueur en série qui, du fond de sa cellule, n’a jamais cessé de clamer son innocence… La fougue du jeune inspecteur Michaël Donner et l’expérience de sa coéquipière Lara Pittet ne seront pas de trop pour résoudre une affaire aux arcanes complexes et périlleux.

Couverture d'Eunoto par Nicolas Feuz

LA FACE SOMBRE DE LA SUISSE ROMANDE

« Le polar qui unit les romands »: le slogan du livre, en forme de clin d’oeil au titre, est amplement mérité. D’une prison jurassienne à la cathédrale de Lausanne, des pistes de Nendaz au barrage de Schiffenen, de Genève à Gruyères, les enquêteurs de choc sillonnent la Romandie sur les traces d’un criminel aussi fourbe qu’endurci. N’ayant pas l’habitude de lire des romans dont l’intrigue se passe pour ainsi dire au pied de chez moi, je me suis bien amusée à visualiser les scènes incongrues que Nicolas Feuz imagine dans des décors aussi familiers que, tiens donc, ma librairie de prédilection. Je ne la regarderai plus jamais de la même façon. Mention spéciale aussi pour l’apparition de ma vallée natale en tant que théâtre d’une course-poursuite trépidante.

Nicolas Feuz nous sert une intrigue bien construite, qui démarre sur les chapeaux de roue et nous entraîne de rebondissement en rebondissement. Quelques pauses savamment ménagées pour inclure des éléments d’une seconde et mystérieuse affaire entretiennent le suspense tout en décuplant notre curiosité. Résultat final, un roman qui se lit à toute allure! L’écriture très visuelle dans les descriptions et les scènes d’action, tout comme les dialogues particulièrement naturels, donnent parfois la sensation de regarder un film et contribuent au tempo rapide de l’intrigue. Revers de la médaille: le luxe de détails graphiques lors de scènes violentes confine parfois presque au gore et peut mettre mal à l’aise. Personnellement, je me serais volontiers passée de certaines précisions – et c’est une fan de Game of Thrones qui le dit.

UNE FICTION PLUS VRAIE QUE NATURE

Toutefois, il faut reconnaître que c’est ce réalisme qui fait la saveur si particulière des romans de Nicolas Feuz. Plus encore que dans Horrora Borealis, on sent le magistrat derrière l’écrivain: à chaque page affleurent les subtilités de la coopération entre les polices cantonales, les complexités de la procédure pénale helvétique et les innovations en matière de techniques d’investigation forensique. La plongée dans cet univers judiciaire assez mystérieux pour le commun des mortels est fascinante. Nicolas Feuz a le grand mérite de nous offrir une représentation authentique de ce monde que notre imaginaire dessine souvent sous une forme empruntée aux séries américaines.

Un ou deux bémols, tout de même? Allez: un aspect de l’intrigue auquel j’ai un peu de mal à croire, et une ou deux scènes à velléité plus sentimentale qui virent un peu au soap opera – l’auteur est plus à l’aise dans l’action que dans le romantisme. Rien de grave, Eunoto m’a convaincue et donné envie de découvrir la suite – d’autant plus qu’il n’est même pas nécessaire d’attendre: elle est déjà publiée! En effet le roman constitue en réalité un prequel à la « trilogie massaï » que Nicolas Feuz a consacrée aux aventures de Michaël Donner. Il peut toutefois parfaitement se lire indépendamment des autres épisodes, comme je l’ai fait.

Dans la culture massaï, Eunoto désigne la cérémonie qui marque le passage des jeunes guerriers à l’âge adulte. Une transition qui ne laissera pas Michaël indemne. Alors, comment affrontera-t-il les prochaines étapes? Si vous le savez déjà, chut, ne me dites rien…

EUNOTO, les noces de sang. Nicolas Feuz. TheBookEdition.com, 2017, 391 p.

A lire si: Une visite guidée un peu spéciale de la Suisse romande vous tente. Vous aimez les romans noirs, bien noirs.
A fuir si: Vous préférez les enquêtes où la réflexion prime sur l’action. Vous lisez pour vous évader d’une réalité trop sombre.

 SI CE LIVRE VOUS INTÉRESSE, VOUS AIMEREZ PEUT-ÊTRE AUSSI…

La fameuse « trilogie massaï », bien entendu! Ilmoran, l’avènement du guerrier, Ilayok, le berceau de la folie et Ilpayani, le crépuscule massaï accompagnent Michaël Donner dans sa carrière au sein de la police neuchâteloise. Emorata, pour quelques grammes de chair raconte la toute première enquête de Michaël et intervient donc chronologiquement avant Eunoto. Là encore, même si le livre y fait parfois référence, on peut tout à fait l’apprécier sans connaître ce prélude.

Un grand merci à Nicolas Feuz pour l’envoi de ce roman en service presse, j’ai eu beaucoup de plaisir à le découvrir!

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