Torrents de pluie inondant la place de la Riponne, éclairage rouge dans les sous-sols de l’espace Arlaud, staff tout de noir vêtu: pas de doute, on était bien dans le thème niveau ambiance en ce vendredi après-midi… Atmosphère idéale pour savourer l’alléchant programme concocté par les organisateurs du festival du polar Lausan’noir: rencontres avec des auteurs et éditeurs, projection de courts-métrage, librairie spéciale polar, espace dédicaces et animations pour les enfants. Le public de tous âges était d’ailleurs au rendez-vous, en particulier lors des tables rondes qui réunissaient des écrivains en grande partie romands.

Car le polar n’est plus, et depuis un certain temps déjà, l’apanage d’auteurs anglo-saxons, tout comme il ne s’agit plus d’une sous-littérature, achetée dans les gares et lue un peu honteusement avant d’être vite jetée. Ces dernières années, le polar a gagné ses lettres de noblesse, au point que les plus grandes maisons d’édition lui dédient maintenant des collections spécifiques tandis que les librairies lui réservent les meilleures places. Les critiques lui reconnaissent enfin ce que ses auteurs et bon nombre de lecteurs avaient déjà compris: le polar constitue un genre privilégié pour jeter un regard critique sur la société, dont il explore les recoins les moins reluisants. L’enquête criminelle se mue plus souvent qu’à son tour en enquête sur les défauts du système ou les failles de la nature humaine, voire en véritable quête existentielle.

Les maisons d’édition romandes ne s’y sont pas trompées et plusieurs d’entre elles offrent désormais à leurs lecteurs des polars de qualité. Certains de ces ouvrages ont connu un véritable succès critique et public, attisant encore l’intérêt pour des romans qui séduisent notamment par leur ancrage local et leur crédibilité – car de plus en plus, le polar est une affaire de professionnels: parmi les auteurs présents à Lausan’noir, on trouvait un ancien policier, un procureur en exercice et plusieurs journalistes.

Pour ma part, je lis des polars depuis ma plus tendre enfance. Si, je vous assure. J’ai commencé avec les enquêtes du Club des Cinq, mes premiers vrais livres, et le virus ne m’a jamais quittée. J’ai donc naturellement enchaîné avec les thrillers qui débordaient de la bibliothèque maternelle, signés Robin Cook, Mary Higgins Clark ou Patricia Cornwell. Plus tard, j’ai profité d’un séjour dans une université britannique pour découvrir le genre dans toute sa richesse. J’ai continué à en lire, de façon plus ou moins régulière, en alternant entre les maîtres du thriller à l’américaine et les grandes dames du polar anglais avec quelques incursions dans les froids scandinaves. Mais, et j’ai un peu honte de l’avouer… Pas d’auteurs suisses. Pas par indifférence, mais plutôt parce que mes affinités avec la littérature anglo-saxonne tendent à prendre le dessus, et aussi parce que spontanément, je cherche dans un livre une ouverture vers l’autre et l’ailleurs. J’ai sans doute l’impression qu’un livre suisse risque de rester trop proche de mon quotidien pour me plaire… Ce qui ne m’empêche pas de regretter d’ignorer bêtement ce qui se passe devant ma porte! Je suis donc allée à Lausan’noir avec deux objectifs: renouveler mon stock de romans policiers, et découvrir des auteurs suisses.

Alors, mission accomplie? Oui, totalement! Principalement grâce aux tables rondes, qui permettaient de se familiariser avec des thématiques et des romanciers très différents. Ceci dans un véritable esprit de dialogue et d’échange, les auteurs semblant vraiment intéressés à discuter aussi bien entre eux qu’avec le public – et pas seulement à vendre leurs livres. Une impression confirmée par leur disponibilité lors des séances de dédicace. Sans être coutumière de ce genre d’exercice, il m’est déjà arrivé de faire la queue pour obtenir un autographe machinal tout juste accompagné d’un coup d’oeil distrait. A Lausan’noir, pas d’automate à signature! Chacun s’est donné la peine de rédiger un petit mot personnalisé sur la page de garde, de répondre gentiment à mes commentaires ou de me souhaiter une bonne lecture… De quoi me rendre encore plus heureuse d’avoir acheté leur livre!

Livres achetés au festival Lausan'noir

J’ai donc craqué pour:

  • Le Dragon du Muveran, de Marc Voltenauer (Editions Plaisir de Lire). Cette histoire de vieille légende montagnarde et de meurtres sataniques commis au coeur des Alpes vaudoises, dans le paisible village de Gryon, a titillé ma curiosité. En plus, je me dois de connaître ce phénomène de librairie au succès international. Ca y est, je l’ai lu! Je vous en parle ici.
  • Entretien avec le diable, d’Olivier Barde-Cabuçon (Actes Sud). Le 18e siècle, des morts suspectes dans un hameau savoyard, une abbaye hantée, une jeune fille possédée… le terrain parfait pour une lutte entre raison et superstition, comme le dit son auteur. Et une quatrième de couverture qui promet un hybride de L’ExorcisteLe Nom de la rose et Le Petit Chaperon rouge. Comment pouvais-je résister?
  • Où la lumière s’effondre, de Guillaume Sire (Plon). Si l’on pouvait détruire Internet… faudrait-il le faire? Qu’a apporté le réseau à l’humanité, en bien comme en mal? Et que deviendrait-elle sans lui? Autant de questions que devra résoudre le héros de ce roman, le seul à pouvoir débrancher la prise… Un sujet qui m’intéresse beaucoup depuis ma lecture du Cercle, de Dave Eggers. D’autant plus lorsqu’il est, comme ici, mis en fiction par un sociologue spécialiste des questions liées au numérique.
  • Exil, de Frédéric Jaccaud (Gallimard). J’ai été intriguée par ce roman qui semble proposer, derrière un scénario apparemment classique – un homme entre par hasard en possession d’une carte magnétique contenant des informations secrètes et se retrouve traqué par de mystérieux poursuivants – une réflexion beaucoup plus vaste sur les nouvelles technologies, les codes grâce auxquels elles fonctionnent et leur emprise sur nos vies.

Celui que je n’ai pas acheté (mais je vais le faire):

  • Horrora Borealis, de Nicolas Feuz. Il me le faut, déjà parce que j’adore le titre. Et parce qu’un livre qui vous emmène de Festi’Neuch (les romands reconnaîtront!) aux glaces de Laponie, ça ne se rate pas. D’autant plus lorsque c’est un authentique procureur neuchâtelois qui l’a écrit!

Bref, je me réjouis de lire ces merveilles et de vous en parler! (Et maintenant, je n’ai plus le droit d’acheter le moindre livre avant au moins… 2017).

 

 

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2 thoughts on “Lausanne à l’heure du crime”

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