De Jonathan Franzen, j’avais beaucoup aimé le précédent Freedom. J’attendais donc avec impatience la sortie en poche de Purity… qui ne m’a pourtant pas convaincue.

L’intrigue suit les errements de quelques personnages en alternant passé et présent, de l’Allemagne de l’Est juste avant la chute du mur de Berlin à l’Amérique contemporaine. On fait ainsi peu à peu connaissance avec Andreas, jeune opposant au régime socialiste devenu lanceur d’alerte star et leader d’un groupe de hackers; Anabel, riche héritière, pseudo artiste et vraie névrosée; Tom, étudiant romantique dont la vie bascule le jour où il rencontre Anabel ; Leila, journaliste tiraillée entre son amant et sa loyauté à son mari. Tout ce petit monde gravite sans le savoir autour de Pip, jeune femme paumée à la recherche d’un père dont elle ignore l’identité.

Purity de Jonathan Franzen

UN ROMAN FOUILLÉ, MAIS TROP LONG…

Le roman effleure quelques sujets de société: les lanceurs d’alerte, le positionnement des journalistes d’investigation face à ces nouveaux chevaliers du droit à l’information, la transparence, la précarité des jeunes américains écrasés par des prêts étudiants colossaux… Mais ceux-ci sont traités de manière superficielle, et servent plutôt de décor à ce que Jonathan Franzen fait le mieux: disséquer avec minutie les états d’âme de ses personnages. S’il est un roman auquel on ne peut pas reprocher de manquer de profondeur psychologique, c’est bien celui-ci. Rapports de couple, dysfonctions de la cellule familiale, désirs contradictoires, mensonges que l’on se fait à soi-même et aux autres, identités vacillantes y sont explorés dans les moindres détails. Il faut reconnaître à l’auteur une grande finesse d’observation, qui lui permet de faire évoluer ses personnages de manière subtile et parfaitement crédible.

Malheureusement, la profondeur se paie au prix de nombreuses longueurs. Au point où les 100 premières pages ressemblent à un prologue au terme duquel on n’a toujours qu’une idée très vague des enjeux du roman. Qui plus est, les personnages sont introduits de manière séquentielle: ce n’est qu’après une copieuse première partie dédiée à Pip que l’on s’intéresse à Andreas, et un bon quart du roman s’écoule avant que n’apparaisse Leila. Il m’a fallu donc fallu une certaine persévérance pour commencer à percevoir les liens entre les personnages, ce qui m’a enfin permis d’éprouver plus qu’une vague curiosité pour leurs faits et gestes.

… ET DONT LA LECTURE M’A LAISSÉE FROIDE

Autre difficulté, l’auteur braque son projecteur sur tous les recoins de l’intimité de ses personnages comme un scientifique observerait des fourmis au microscope. L’écriture reste cérébrale et instaure une distance peu propice à l’émotion. Ajoutons-y le fait que les personnages m’ont été au mieux vaguement sympathiques, au pire totalement antipathiques et le plus souvent relativement indifférents – au final, Purity m’aura peu touchée, mais parfois agacée: fallait-il vraiment que toutes les femmes du roman utilisent d’une manière ou d’une autre leur pouvoir de séduction pour arriver à leurs fins? Qu’elles aient systématiquement envie de coucher avec des hommes qui ont deux fois leur âge, comme dans un fantasme de quinquagénaire libidineux? Que les hommes perdent tout bon sens dès qu’une superbe et vulnérable créature croise leur chemin?

Mon appréciation de Purity est probablement aussi influencée par ma lecture récente de Sukkwan Island, de David Vann. En comparaison avec ce texte percutant, qui offre en 200 pages un concentré d’émotions et une plongée en droite ligne au fond des abysses de la psyché humaine, le roman de Jonathan Franzen paraît d’autant plus dilué, bavard et froid. Résultat, même s’il n’était pas désagréable à lire, il ne me laissera probablement pas d’impressions marquantes.

Purity, Jonathan Franzen. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis. Editions de l’Olivier, 2016. 826 p. en version poche (Points)

A lire si: vous appréciez les romans qui décortiquent la personnalité, les sentiments et les désirs de leurs personnages avec une précision chirurgicale.
A fuir si: vous avez besoin de vous identifier aux personnages et de vous y attacher.

 

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6 thoughts on “Purity de Jonathan Franzen: un pavé qui manque de saveur”

    1. C’est vrai, mais je vais quand même continuer à le lire et avec un peu de chance cela restera une mauvaise expérience isolée:-)

  1. Ah… Bon, je ne commencerai pas par celui-là alors.

    Oui, je compte un jour le lire car je ne sais pas si tu l’as lu, mais son interview dans la revue America me l’a fait découvrir, et c’était très intéressant, le mec est parfaitement lucide. Il m’a fait rire quand il a dit qu’il détestait les auteurs trop sérieux… sauf Alice Munro, qu’il vénère. J’en ai lu qu’un d’elle, mais je te la conseille, effectivement, aha !

    1. Ah je ne connais pas Alice Munro, j’irai voir alors!
      Je n’ai pas lu cette interview, il faut encore que je me procure ce magazine… C’est vrai que j’ai préféré Freedom, mais si tu n’as pas de point de comparaison ou d’attentes particulières, peut-être que tu aimeras celui-ci, qui sait!

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