Leo se souvient. De son amour pour Erica, de son amitié avec Bill, de ses relations ambigües avec Lucille et Violet. Ils étaient jeunes, artistes, intellectuels dans le New York des années 70, réunis autour de la figure charismatique de Bill et de sa peinture novatrice. Plus de vingt ans après leur rencontre autour d’un tableau, que reste-t-il d’eux, de leurs passions et de leurs rêves ?

Siri Hustvedt nous emmène dans les tréfonds de l’âme de ses personnages, réussissant ainsi un roman à la fois émouvant et chargé d’une tension sourde. Elle dépeint la vie dans toutes ses nuances, généreuse parfois, féroce souvent. On souffre et on espère avec Leo et les autres avant de refermer le livre avec un léger malaise, sachant que nous ne serons pas, nous non plus, épargnés par les ravages du temps.

Couverture de Tout ce que j'aimais par Siri Hustvedt

Mais c’est l’art qui est au cœur du roman. On y croise peintres et poètes, critiques et galeristes, muses et collectionneurs. On explore les créations de Bill à travers les yeux de l’historien de l’art qu’est Leo. Et peu à peu, des événements relatés par le narrateur aux oeuvres qu’il contemple, les échos résonnent et s’amplifient. Ainsi, au fil du roman, le récit de Leo, les tableaux et les sculptures de Bill se dessinent comme autant de versions parallèles, complémentaires et parfois contradictoires d’une réalité toujours fuyante. Sous la plume de Siri Hustvedt, l’art, la vie, la mémoire et la littérature se confondent en un vaste trompe-l’oeil, à tel point que Leo en vient lui-même à douter de la véracité des souvenirs qu’il relate:

De la fiction, et rien d’autre. Mais c’est là que nous vivons tous, pensai-je, dans les récits imaginaires que nous nous faisons de nos vies.

Entre réalité et fiction, où est la limite? Y en a-t-il même une? Toujours perçues à travers le prisme de nos souvenirs, de nos interprétations des événements qui se produisent et de notre manière de les représenter à autrui, nos vies ne seraient-elles que des fictions au même titre que les romans? De belles histoires dont nous sommes à la fois auteurs, lecteurs et protagonistes… En soulevant ces questions centrales, Tout ce que j’aimais nous lance le défi de reconsidérer notre rapport à la réalité et à l’imaginaire.

Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Traduction française: Actes Sud, 2003.

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